L'"Ainulindalë" est comme une superbe tentative de cosmogénèse littéraire aux accents vaguement bibliques, cependant elle n'interpelle aucunement d'un point de vue théologique pur.
La création de la Terre du Milieu était la tentative de Tolkien de faire une mythologie anglaise. Ainsi en incorporant d'autres mythes, il a créé sa mythologie. Mais étant chrétien (donc monothéiste), il n'a pas voulu créer une 'mythologie' trop en désaccord avec ses idées. Pour cela il a créé (>imaginé) un être 'supérieur' et unique comme l'indique son nom. Les Ainur ne peuvent pas alors être considérés comme des Dieux (puisqu'il y en a déjà un et qu'il est Unique). Ce sont alors plutôt des 'Anges'. Tolkien dit clairement que les dieux de Terre du Milieu sont des êtres angéliques. Une meilleure traduction serait « pouvoirs » ou « gouverneurs ». Et on peut voir en Melkor, Satan.
Tolkien semble interpréter l'ambiguïté à propos de la singularité ou la pluralité de Dieu en inventant un Dieu qui créer des divinités inférieures. Il ne s'agit pas de la croyance catholique dans laquelle Dieu est à la fois un et trois, mais de la Genèse en elle-même, où un doute subsiste quant à savoir si Dieu était un être unique à former toute la Terre ou non. Le terme Éloïm, terme original pour représenter la divinité Judéo-Chretienne dans les plus anciennes versions du Premier Testament est du pluriel, puisque la terminaison en "im" signifie toujours un pluriel en Hébreu.
Il est dit que les Valar prirent la forme qu'ils avaient vu que les Enfants d'Ilúvatar aurait : ici, ce sont les Dieux qui copient l'homme, et pas "l'homme qui est à l'image de Dieu" comme dans la Bible.
Un parallèle peut être instauré entre Melkor et Caïn: errances, bannissement et meurtre originel les rapprochent.
La Bible a une vocation historique qui s'inscrit dans une pensée théologique et le style est bien sûr archaïque tandis que l'"Ainulindalë" est une une oeuvre artistique, un texte travaillé, conçu pour émerveiller, enchanter. Le style général de l’"Ainulindalë" est caractérisé par l’archaïsme: formes de pronoms, formes verbales, tournures anciennes (inversions), certains mots de vocabulaire. Les mots de liaison et certaines formules donnent une saveur biblique au texte.
Les valeurs chrétiennes de l'amour et du don de soi se retrouvent a ussi: les immenses travaux effectués par les Valar ne sont pas accomplis par la contrainte mais par l'amour, l'abandon de l'égoïsme pour préparer Arda à l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar.
Nous pouvons toutefois observer des différences majeures entre la mythologie de Tolkien et la religion chrétienne: pas d'indication de Trinité, pas d'observance d'un Sabbath, pas de codes ou convenances spécifiquement édictées, pas de relation emphatique entre Dieu et ses créatures, pas de mention d'ascétisme, pas de sermon pour une véritable croyance ou non.